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#FIR – L’INTERVIEW DE GUILLAUME JOLI

Champion olympique, triple-champion du monde et double champion d’Europe, Guillaume Joli entraîne aujourd’hui la sélection nationale U17 et dirige le Pôle Espoirs masculin de la Ligue AURA. Un parcours moins linéaire qu’on ne l’imagine, et dépendant des rencontres qui ont jalonné sa riche carrière.

Tu as dit qu’au sortir des JO de Londres, la perspective de te retrouver au chômage t’a tétanisé…
J’ai engagé un travail d’introspection. Je me retrouvais sans club, et cette inactivité imposée en fin de carrière s’est transformée en catalyseur pour engager le travail psychologique de la reconversion.

Tu as bénéficié du soutien de la cellule FIR. Le chemin semblait tracé…
Il était nettement plus tortueux qu’on ne l’imagine. J’ai bossé. J’ai fait en sorte d’avoir mes diplômes. La FFHandball ne donne rien gratuitement. C’est l’école de l’excellence. Être un ancien joueur t’ouvre évidemment des portes. Mais ce n’est pas la raison principale qui te conduit à ces fonctions. La raison principale, c’est le travail et l’excellence. Si tu n’es pas performant, on te découpe.

On imagine que les rencontres en cours de carrière ont façonné l’entraîneur que tu es aujourd’hui…
Sans aucun doute.

Le rôle de tes parents, à tes débuts, est-il déterminant dans ce parcours ?
Je ne l’ai pas ressenti de cette manière lorsque j’étais plus jeune. Mais c’est une évidence aujourd’hui. L’éducation est primordiale et te façonne. J’ai suivi mon père dans les salles et il m’a transmis cette manière de concevoir la discipline. Mes parents ont été attentifs à ce que je sois assidu à l’école, épanoui. Sans me laisser l’impression d’être forcé.

Ce double-projet est-il pour toi une évidence encore aujourd’hui ?
Il est important de s’ouvrir sur d’autres horizons et de ne pas rester enfermé dans notre petit Cosmos de handballeur qui peut vite devenir limitant. Ce double-projet est fondamental pour épanouir le jeune handballeur en construction, mais aussi pour construire un socle de valeurs, fort utile dans la carrière comme dans la vie personnelle. Dans le système fédéral, on insiste beaucoup là-dessus, et c’est ce que je m’efforce de transmettre.

As-tu toujours voulu être entraîneur ?
J’étais en sixième et j’étais l’entraîneur de mon petit frère au mini-hand. Sans m’en rendre compte j’aimais déjà ça.

Quelles rencontres t’ont conforté dans cette voie ?
Il y en a beaucoup. Je pense d’abord à mes entraîneurs de Comité, Armel Merlaud et Gérald Vincent qui est aujourd’hui mon adjoint sur le Pôle. Ils m’ont donné l’envie de m’amuser. Et cette philosophie-là est le socle de tout mon travail. Et puis il y a Gilles Malfondet. Lui m’a donné le goût de plein de choses et notamment celui de l’équipe de France.

Tu dis l’envie de m’amuser ?
Armel jouait en première division, et c’était un rêve de suivre sa voie. Mais il prônait ce côté jeu. On s’amusait tout le temps. Il n’y avait aucune pression et le succès découlait naturellement de cet état d’esprit.

C’est en équipe de France jeune que les choses plus sérieuses ont commencé ?
Oui, avec Pierre Alba, Philippe Schlatter et Gilles Malfondet, c’était nettement plus rigoureux. Avec Niko (Karabatic), Luc (Abalo), Cyril (Dumoulin) ou Cédric (Sorhaindo), nous sommes passés au stade supérieur. C’était un mélange d’exigence et de bienveillance et je pense que ça me convenait aussi.

Quand le sérieux prend-il alors le dessus ?
En première division. Jean-Pierre Dellasette a marqué clairement mon histoire dans le handball. J’étais pote avec son fils, le troisième fils de la famille… Il m’a présenté mon agent, mon conseiller financier, aiguillé vers Chambéry. J’ai vraiment senti la différence : je représente ma ville, des enjeux financiers, ça y est, j’ai basculé. Pourtant Thierry Perreux, m’a poussé à rester dans le jeu. Mais ce n’était plus pareil.

Quel a été l’entraîneur le plus dur que tu as côtoyé ?
Boule (Philippe Gardent). Sans hésitation. Il te poussait toujours à être plus fort. Il était toujours dans l’hyper exigence. Avec lui, ce n’était jamais bien, jamais suffisant. Une année, j’ai terminé meilleur buteur du Championnat, mais il en voulait encore plus. C’était dur, mais il m’a appris tellement de choses. Il m’a endurci. Et même si les six années à ses côtés ont été difficiles, on prend toujours beaucoup de plaisir à se croiser, et c’est un sentiment que j’apprécie sincèrement.

Il est l’entraîneur qui t’a le plus marqué ?
Non, c’est Juan-Carlos Pastor. J’ai vécu une révolution avec lui. Il était à la fois dur et bienveillant. Je ne l’ai côtoyé que pendant deux saisons, mais il a changé ma vision du handball. C’est un professeur de mathématiques, il a une approche beaucoup plus tactique. Tout était calculé. J’ai adoré. Je me reconnaissais dans son discours. On s’amusait toujours, mais en étant précis. J’ai adoré cette vie en Espagne. S’il n’y avait pas eu la crise, je ne serais jamais revenu en France. Quarante ou cinquante joueurs qu’il a eu sous ses ordres sont aujourd’hui entraîneur. Claude Onesta m’a marqué aussi, d’une autre manière, dans sa capacité à laisser beaucoup de libertés, de faire en sorte que tout se passe bien, que les rôles soient partagés, d’être chef sans vraiment être chef.

Des joueurs t’ont également interpellé ?
Plein évidemment. Mais je pense d’abord à Marc Auboiron, un pur talent qui ne voulait pas sortir de chez lui, qui n’avait pas d’autre ambition que de transmettre sa passion et les valeurs du club aux plus jeunes. Il m’a fasciné. Je travaillais pour avoir son talent et sa désinvolture. Avec Mika (Michaël Guigou), on partage beaucoup de valeurs, et j’ai envié sa capacité à rester calme en permanence. Niko (Karabatic), dans cette volonté d’être toujours le meilleur dès son plus jeune âge m’a sans doute inculqué cette forme d’exigence.

Propos recueillis par Philippe Pailhoriès

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