« Comment aller plus loin dans l’accompagnement des joueur(se)s de handball dans leur formation, reconversion et insertion professionnelle ? » : C’est la question que se sont posés les membres de la cellule Formation Insertion Reconversion (FIR) réunis la semaine dernière en séminaire de travail. Cette cellule, fruit d’un travail mené conjointement depuis 2018 par l’instance fédérale (FFHB) et les représentants des handballeur(se)s professionnels (AJPH) compte aujourd’hui 8 personnes : 8 personnes avec des profils différents, des compétences complémentaires, mais guidés par un seul et même objectif : celui d’accompagner au mieux les joueur(se)s de handball dans leur parcours de formation, reconversion et d’insertion. Au travers d’une interview croisée, ils nous en disent plus sur leurs convictions, leurs missions et les perspectives pour la saison à venir.

 

Comment est née la cellule FIR ?

Laurent Frecon (LF) : En 2018, la thématique du double-projet et de la reconversion des Sportif(ve)s de Haut Niveau (SHN) et/ou des joueuse(r)s professionnel(le)s a amené la Fédération Française de Handball (FFHB) et l’Association des joueur(se)s professionnel(le)s de Handball (AJPH) à réfléchir ensemble sur différentes problématiques. Il y a eu une vraie volonté politique de la part des dirigeants de ces deux structures de s’unir et travailler ensemble pour mutualiser les moyens et les compétences au service de la reconversion, la formation et l’insertion des athlètes.

 

Pouvez-vous nous présenter les membres de la cellule FIR ?

Benoît Henry (BH) : Depuis juin 2022 nous sommes 8 opérationnels à nous investir au sein de la cellule, en lien constant avec nos dirigeants respectifs. Pour l’AJPH par exemple nous sommes trois, moi-même en tant que directeur de la structure, Paul et Axel. Pour nos dirigeants, et Vincent Gérard (président) notamment, la thématique de l’accompagnement dans la reconversion est un des axes de travail prioritaires de l’AJPH.

LF : Pour le compte de la FFHB, nous sommes 5 : je suis référent socio professionnel à temp plein au sein de la fédération. Nous avons également Françoise et Gilles, deux cadres techniques régionaux, actifs sur les territoires auprès notamment des pôles et centres de formation. Manhattan est chargée de l’administratif, de l’évènementiel et du suivi des actions menées par la cellule et Anne-Laure responsable du développement et de la création de contenus sur l’outil phare de la cellule, la plateforme www.jepenseamareconversion.fr .

 

La cellule est l’union d’une fédération et d’une association de joueurs et joueuses professionnelles : pourquoi et en quoi êtes-vous complémentaires ?

LF : Le point de départ c’est le regroupement de personnes – des personnes qui ont eu envie de travailler ensemble. Nous avons fait les mêmes constats, nous avons les mêmes objectifs, la même façon de voir les choses, tout en ayant des compétences différentes. Et notre préoccupation commune est de mettre le ou la joueuse au centre du système quelque soit son statut ou sa situation.

Gilles Malfondet (GM) : Théoriquement il y a un découpage : la fédération a la charge de l’accompagnement des joueurs de pôles, de centres de formation et SHN, et l’AJPH est l’interlocuteur des joueur(se)s professionnels. Une cellule commune permet d’apporter de la continuité dans l’accompagnement quand les athlètes passent d’une situation à l’autre.

LF : Nous souhaitons que le processus de reconversion des joueur(se)s s’inscrive dans leur projet de vie, sur une échelle temps qui est large. C’est comme notre action : nous ne souhaitons pas l’inscrire dans du court terme, du one shot.

BH : Nous sommes un OVNI dans le microcosme sportif français. Pourtant tous ensemble, nous pouvons balayer une population bien plus large et mutualiser les moyens, les connaissances, nos réseaux.

 

Nous entendions beaucoup parler de la notion de double projet, une notion qui dans le handball n’est plus d’actualité. Quelles en étaient ses limites ?

Françoise Nicole (FN) : La notion de double projet (projet sportif et projet scolaire) était commune à toutes les disciplines en France et présente dans toutes les conventions types de formation par exemple. Cependant chaque discipline a ses propres spécificités. De même au sein du handball, la réalité du monde professionnel a énormément évolué : nous sommes passés d’un handball qui n‘était pas professionnel à un handball véritablement professionnel tant chez les filles que les garçons. Dans ce contexte, faire coexister les deux projets sur une période de temps définie étaient devenus de plus en plus complexes et difficile à gérer. Ce que nous avons souhaité faire dans le handball c’est l’élargir et l’intégrer à un « projet de vie ». Pour nous, accompagner un athlète dans son développement socio professionnel c’est le penser sur toute sa carrière.

GM : Différencier et opposer la dimension sportive et la dimension socioprofessionnelle était une approche réductrice.

LF : Une des différences fondamentales, c’est qu’il y a quelques années, les messages sur le « double-projet » étaient descendants et subis par les athlètes.  Aujourd’hui le sportif est au centre : c’est lui qui peut et qui doit décider de son avenir. On accompagne et on aide à la prise de conscience. On part de l’émergence d’un rêve. C’est le joueur qui est acteur tout au long de son parcours.

 

Vous vous adressez à plusieurs publics, joueurs de Pôle Espoir, de centres de formation, joueur professionnels, joueur(se)s retraité(e). Les approches, les messages, les objectifs sont-ils différents selon ces publics ?

BH : Oui évidemment que les messages sont différents. Par exemple, au niveau de l’AJPH, nous allons à la rencontre des joueur(se)s de Pôle et de Centre de formation dans le cadre de réunions d’information. Auprès de cet âge-là, nous plantons des graines, nous les sensibilisons, nous les préparons aux réalités du monde professionnel en partageant des données tels que les moyennes de salaire, les budgets des clubs. Nous leur faisons comprendre que la reconversion sera une étape normale et incontournable de leur parcours.

FN : Jusqu’en pôle, les athlètes passent le bac donc l’accompagnement est assez standardisé : il y a un cadre. En sortie de pôle par contre, l’accompagnement est différent. Entre le choix d’une orientation post bac et celui d’un centre de formation, c’est un nouveau champ qui s’ouvre pour eux, d’où l’importance des interventions de l’AJPH, qui viennent en complément de l’action quotidienne des responsables de pôles, pour les préparer à cette transition.

GM : Face à ce changement d’environnement, d’interlocuteurs, nous accompagnons les jeunes athlètes.

LF : Un des objectifs affichés auprès du jeune public est la réussite de l’orientation post bac notamment. C’est le point de départ de l’accompagnement. Ces dernières années, que ce soit la fédération ou l’AJPH nous souhaitons aller plus loin sur le public centre de formation : mise en place d’un contrat pédagogique pour individualiser et aménager d’autant plus les études, l’acceptation de formations non diplômantes (mais certifiantes) si elles correspondent davantage au projet du jeune, bilans d’orientation à coût abordables…

 

Et concernant les joueuses et joueurs professionnel(le)s ?

Paul Chupin (PC) : Auprès des pros, nous essayons de dédramatiser la thématique de la reconversion. Nous leur en parlons très régulièrement. Cela permet d’enlever le tabou qu’il pouvait y avoir dans le passé : non, se former n’est pas un frein à leur performance. Nous leur présentons tous les dispositifs existants et compatibles avec leur carrière de joueur(se)s pro en leur faisant comprendre l’importance d’anticiper et de le planifier. Entre le dispositif Appui Conseil Carrière (ndlr. : qui offre 20h d’accompagnement gratuites en matière de reconversion), les dispositifs d’accompagnement à l’autoentrepreneuriat, nos partenariats avec des écoles qui proposent des formations adaptées, des bilans pour identifier et valoriser leurs compétences, les dispositifs d’insertion professionnelle, tout le monde peut y trouver son compte.

 

Pouvez-vous nous donner des exemples concrets d’actions visant à accompagner les sportifs dans leur reconversion ?

FN : Il y a par exemple un accompagnement très fort de la part de la FFHB grâce à la collaboration avec Acadomia, pour que les meilleur(e)s joueur(se)s qui sont les plus sollicité(e)s soient aidé(e)s de manière très individualisée. Dans la filière féminine par ailleurs, il n’y a plus un seul regroupement équipe de France, sans que l’on ne parle de reconversion : c’est nouveau. Ça démontre une volonté d’avoir une vision globale du projet de la performance.

GM : Au moment de la gestion du cycle de Parcours sup, quand on confronte les deux rubans « échelle de temps sportif » et « échelle de temps scolaire », ce n’est pas simple à gérer : les jeunes doivent remplir Parcours Sup mais ne savent pas où ils seront en centre de formation. Dans ces cas, il nous arrive de jouer souvent l’interface entre les clubs et le joueur/famille. On a des contacts avec les responsables de CFCP qui nous permettent de faire ce suivi. Parfois très modestement on a un micro-levier sur l’échelle temps. En faisant cette interface, nous essayons de déclencher, de faire avorter ou faire réussir des projets sans pour autant aller dans l’ingérence ni des clubs, ni des familles.

FN : Quand il y a l’intégration d’un(e) joueur(se) en centre de formation, nous accompagnons sur demande les responsables socio professionnels des clubs dans l’aménagement de certains parcours de formation.

GM : À nous tous au sein de la cellule, nous avons un spectre de connaissances des formations ou des dispositifs qui est plus large souvent que celles des responsables socio professionnels des clubs. Nous amenons cette plu value.

LF : Auprès des SHN ou des professionnels, nous passons beaucoup de temps sur la recherche de parcours adaptés, sur l’information au sujet de formations, sur l’orientation ou la réorientation. Nous intervenons lors des formations d’entraineurs pour leur présenter nos actions et répéter qu’un joueur qui se forme n’en sera pas moins performant sur les terrains. Nous travaillons également sur la transition et l’insertion professionnelle.

PC : Nous avons mis à disposition des joueur(se)s la plateforme www.jepenseamareconversion.fr où ils peuvent trouver des témoignages, un catalogue de formations, de bilans et programmes. Très souvent, les joueur(se)s professionnel(le)s nous contactent directement pour qu’on les oriente sur une formation ou un programme qu’ils ont vu sur le site. D’autres sont complétement perdus et nous devons les aider. C’est très varié mais le plus important c’est de s’adapter à chaque demande et de trouver des solutions individualisées.

BH : En parallèle, il y a également un vrai travail de lobbying auprès des instances et des décideurs. Nous souhaitons qu’ils connaissent et soutiennent – financièrement et politiquement nos actions pour que l’on puisse continuer à avancer et grandir.

 

Quelles sont les projets de la cellule FIR pour la ou les saison(s) à venir ?

FN : Nous souhaitons améliorer la formation et l’information des référents socio professionnels des clubs qui sont des personnes relais importantes pour les joueur(se)s en centre de formation, ainsi que joueur(se)s professionnel(le)s. Nous réfléchissons à comment mieux les aider à développer leurs compétences, les réunir, créer des réseaux et partager les bonnes pratiques.

GM : Une mission importante également c’est de maintenir et développer la veille qui consiste à observer les parcours individuels et les orientations. Ce suivi longitudinal permet d’avoir plus de recul et de connaitre les dynamiques qui peuvent s’installer dans le futur et ainsi anticiper les accompagnements.

PC : Nous allons continuer d’enrichir le site www.jepenseamareconversion.fr avec du contenu nouveau chaque mois : nouvelles fiches pratiques, nouveaux témoignages vidéo, nouveaux articles, nouveaux programmes ou dispositifs. Nous travaillons pour la deuxième saison consécutive à la création de formations « gestion de carrière » gratuites financées par la formation professionnelle.

BH : Un des projets de l’AJPH en lien fort avec la cellule FIR c’est de rassembler les anciens joueurs, de créer un réseau de compagnonnage, d’améliorer le lien entre joueur(se)s en reconversion et ancien(ne)s joueur(se)s en activité dans le monde de l’entreprise.

Et puis nous espérons obtenir davantage de soutiens des décideurs et des instances. La reconversion des athlètes est affaire de tous !

Propos recueillis par Anne-Laure Michel